03 septembre 2007
Chat (complètement) perché
Il y a des moments dans la vie où on ne peut plus se voiler la face. Des moments où on finit par s’avouer à quel point les êtres qui nous entourent peuvent parfois nous décevoir au plus haut point. Aujourd’hui, malheureusement, un de ces êtres est tombé de son piédestal.
Mon chat n’est qu’un sale enfoiré. Point barre.
Faut quand même que je vous précise, en préambule, que ce sombre crétin, en plus d’être payé (en Shéba) à ne rien glander de sa journée, si ce n’est me coller des poils blancs partout sur mes pulls en cachemire, a le grand privilège de pouvoir aller baguenauder dans le grand cimetière voisin de chez moi en traversant quelques toits.
En théorie, c’est bien : ça le fatigue un max de se faire courser toute la journée par les chats errants du coin, et quand je le retrouve le soir, il est aussi claqué que moi et pionce direct, sans passer par la case "miaou en flux rss" pour qu’on s’occupe de lui et qu’on le fasse jouer.
En pratique, c’est bien aussi : il va discrétos faire ses crottes dans les plantes des voisins super bruyants du rez-de-chaussée, et m’évite du coup de changer sa litière trop souvent.
On aurait très bien pu s’en tenir là, considérer que j’avais un chat quand même super chanceux, que tous les animaux domestiques n’ont pas ce privilège à Paris, et que vraiment, les inégalités sociales et les injustices, bla bla bla.
Oui, mais non. Ce serait vraiment trop simple. Et vous vous demanderiez pourquoi je me casse la nénette à vous écrire des tartines à propos de tout ça.
Ben je vais vous le dire, pourquoi. Parce que monsieur le chat, cette raclure, n’a rien trouvé de mieux que de vouloir me remercier pour tous les bons et loyaux services que je lui offre. Remarquez, y’aurait de quoi, parce qu’au prix des croquettes et du désinfectant pour nettoyer tous ses gerboulis sur le tapis, j’aurais déjà pu me payer la moitié d’une Smart, mais bref, passons.
Me remercier, donc. Mais comment ? Le collier de nouilles peintes à la main n’étant pas encore au programme des ateliers proposés par le cimetière voisin, mon chat a eu une idée de génie. Un concept qui déchire. Une illumination de malade mental. Un truc à la limite de l’entendement, tellement c’est beau et touchant.
Il m’a rapporté toutes les souris qu’il pouvait trouver au cimetière. Toutes. Je les ai comptées, j’en suis à onze. L’équipe de foot au complet.
… Il serait pas un peu con, ce chat ? Sans déconner ? J’aurais clairement préféré le collier de nouilles. De loin.
J’ai donc régulièrement la bonne surprise de trouver un petit cadavre de bestiole grise gisant au milieu du tapis déjà mentionné, ou des bouts de souris à moitié mâchouillés s’accumulant sur le toit juste devant mes fenêtres. C’est pas beau, ça ? Hein ? Franchement ?
Et le dernier coup de maître, pour que vous mesuriez bien quand même à quel point il a envie de me faire plaisir, a été de me rapporter dans sa gueule une souris vivante, et me la lâcher en plein salon avec un air très satisfait, genre « t’as vu, le beau cadeau que je t’ai dégoté ? Et je l’ai même pas abîmée, cette fois ! ».
Entre temps, évidemment, la souris s’est barrée sous un meuble en couinant, le chat lui a couru après en renversant au passage un vase et une pile de CD, et j’ai eu droit à la bamboula de leur jeu de cache-cache pendant une bonne partie de la nuit. Au petit matin, la malheureuse avait rendu l’âme, et ce débile de chat roupillait sur le canapé comme un bienheureux, ravi que son cadeau pourri ait foiré ma nuit de sommeil.
Bonheur.
De toute façon, j’aurais du me méfier dès le départ : un chat qui se shoote aux odeurs de chaussettes sales, c’était quand même mal barré d’avance…
