Gin Fizz

Bulles de vie...

Etoile de mère

21 mars 2016

faire-part2

On dit souvent que les cent premiers jours de la vie d'un bébé sont essentiels pour tout construire sur de bonnes bases. Les dés sont donc jetés, car si mes calculs sont bons (j'ai vérifié, ils sont bons), voilà cent-vingt jours que ma seconde croquette a rejoint notre home sweet home. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas été de tout repos.

On a beau être préparé, avoir assimilé avec anxieté les mises en garde des potes, activé toutes les options "on va y arriver" et mentalement se répéter "c'est juste un moment difficile à gérer", force est de constater que quand le tsunami du deuxième enfant débarque, il n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Déjà, cette seconde grossesse m'avait laissé un arrière-goût un peu salé, entre le manque de repos, le bidou vraiment imposant et le corps, plus âgé de trois ans, qui n'encaisse plus aussi bien les transformations majeures. Rien à voir avec la plénitude et la presque-sérénité de ma première maternité, où je répétais à peine une semaine après l'accouchement que mon gros ventre et mes sensations de femme enceinte me manquaient déjà. Ah, cette fois-ci, niet de chez niet. Libéréeeeee, délivréeeee, la fille !

Et puis on a plongé le nez dans cette nouvelle vie à quatre, balayant d'un coup d'un seul nos habitudes, nos aptitudes et nos certitudes.

Alors que notre rythme se pliait facilement au bon vouloir de Croquette-Première-du-nom (elle a faim ? On mange ! Elle fait la sieste ? Nous aussi ! Elle est déjà réveillée ? Bon bah nous... pareil !), il a fallu à sa petite soeur plus d'adaptabilité pour se couler dans le moule familial du mieux possible, faire doucement sa place, sans jamais connaître ce statut d'enfant-roi propre aux aînés des fratries tant qu'ils sont l'enfant unique. Oui ma cocotte, tu es la seconde, et il y a déjà toute une organisation familiale en place, il faudra bien faire avec.

Quant à la grande soeur, grosse désillusion ! On lui promettait une nouvelle copine avec qui jouer à la poupée et aux legos, et voilà que débarque dans SA chambre un petit machin grand comme un haricot, qui ne sait même pas tenir un jouet dans ses mains, qui suscite des chuuuuuut et des moins fooooort affolés dès qu'elle daigne pioncer un peu, et avec qui il faut désormais partager ses parents, leur temps et leurs bras. Pour le cadeau, on repassera.

Et ne parlons pas des sacro-saints principes "parents-presque-parfaits" qui volent en éclats pour canaliser l'une ou l'autre, gagner du temps et (s')éviter moult crises de nerfs.
Avant : "non, chérie, pas trop de télé, je préfère qu'on fasse un puzzle ensemble". Maintenant : "Raiponce pour la douzième fois de la semaine ? Mais bancoooooo, fonce, ma puce !".
Avant : "un peu de légumes et de fruits à chaque repas, c'est essentiel". Maintenant : "non, mais les coquillettes-jambon, c'est très bien. Féculents + protéïnes, c'est é-qui-li-bré".
Avant : "nous, tu vois, on évite la tétine au max, pour ne pas créer de dépendance". Maintenant : "mais file lui sa tétine, putain, qu'elle arrête de brailler comme ça !"
Bref, je ne vous fais pas de dessin...

Ou plutôt, si, venez, on s'assoit tous ensemble et on parle des crises de nerfs de l'aînée qui régresse à souhait, demande qu'on lui serve son repas bouchée par bouchée, et réclame un câlin en hurlant à la mort toujours au moment des biberons ou des changements de couches. Ou qui, au contraire, cherche à marquer son émancipation en voulant tout faire "toute seule", avec patience et application, ce qui a le don de m'attendrir me mettre les nerfs au court-bouillon.
Ou parlons de Croquette-Minus qui décide subitement qu'elle a faim au moment exact où le dîner parental est prêt, et ce, qu'il soit 18h53 ou 23h40 (oui, on a essayé TOUTE l'amplitude horaire de la soirée). A croire qu'elle a des radars à bouffe à la place des sinus, celle-là !

Oui, ces cent-vingt jours n'ont vraiment pas été un long fleuve tranquille. J'ai fait le deuil des nuits complètes (un peu plus qu'avant, je veux dire) et du teint de rose. J'ai renoncé à une maison en ordre, puisque les feutres sans capuchon, les peluches éducatives et les chaussures de Barbie sont venus prendre la place des jolis vases et des bougies parfumées. Mon arbre-à-linge-qui-sèche frôle l'overdose et n'a même plus le temps d'être rangé. J'ai des crampes aux mains à force de laver, plier, ranger, re-laver, rincer, nettoyer, désinfecter tétines, biberons, couches, baby-fringues et linge de lit. J'ai le dos ruiné pour cause de gigot de six kilos porté en porte-bébé, et je deviens schizophrène à entendre en stéréo les pleurs de l'une d'un côté et les "maman, regarde" répétés de l'autre, qui voudrait tellement que mon monde ne tourne encore qu'autour d'elle.

Et pourtant, au milieu de ce tableau de chaos domestique, on voit émerger de ci de là quelques moments-pépites qui laissent entrevoir de futures éclaircies. Une toute petite croquette de quatre mois qui pousse à merveille, use de sourires comme d'une arme de séduction massive, et manifeste déjà un vif intérêt pour sa grande soeur en ne la quittant jamais des yeux. Une grande de trois ans qui ne sait pas toujours si elle préfère jouer à l'indépendante ou redevenir bébé, mais qui n'oublie jamais de faire un bisou de bonne nuit à sa petite soeur, et qui nous murmure des mots doux à l'oreille juste avant de sombrer dans le sommeil.

Quatre mois-tsunami qui ne laissent pas de répit, mais deux petites souris épanouies à qui on offrirait le monde. L'hiver aura été sport, mais avec un tel résultat, je trouve que je l'ai méritée, mon étoile. Non ?


En photo : l'atelier faire-part, ou la fausse-bonne-idée, qui va me permettre de retrouver des étoiles dorées
planquées dans tous les recoins de l'appart pendant au moins cinq mois.

Posté par Katia_ à 20:58 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [13]