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Gin Fizz
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1 août 2008

Dernière séance

cin__2Avant, quand on voulait aller voir un film au cinéma, c’était tout con. Suffisait de se pointer à l’heure de la séance choisie, d’acheter son billet, et d’aller se vautrer confortablement dans les fauteuils couleur caca d’oie des salles obscures en attendant le début du film. Pour patienter, on pouvait même héler une ouvreuse qui se ruinait le dos en trimballant son panier en bandoulière rempli de Chocoletti lait-noisettes, popcorn Baff, cônes Gervais et autres cochonneries calorifiques « en vente dans cette salle ».
En gros, avant, c’était peinard.

Aujourd’hui en revanche, quand on veut se faire une toile, c’est tout juste s’il ne faut pas s’y prendre six jours à l’avance, histoire d’avoir le temps de monter sur pied le plan d’attaque pour pouvoir aller voir le film qu’on veut à la séance qu’on veut. Sous peine de se retrouver en rade devant les écrans plasma des multiplex dix-huit salles, qui affichent « complet » pour le film voulu. Perso, ça m’a fait le coup deux fois de suite la semaine dernière.

Maintenant, j’ai pigé. Quand j’ai prévu d’aller au ciné, je réquisitionne les troupes une semaine avant le jour J. Ensuite, je répartis les rôles : toi, tu répertories les salles qui proposent le film et tu me fais une liste Excel par arrondissement. Toi, tu évalues combien de personnes ont une carte UGC, combien une carte Gaumont, combien s’en contrefoutent (cette histoire de carte, entre nous, c’est une bonne rigolade pour espérer aller tous ensemble voir le même film). Toi, tu checkes les heures des séances, VO, VF, dolby stéréo et tout le tintouin. Moi, je centralise les infos, et je tranche. Evidemment, personne n’est jamais d’accord avec ma décision. Au final, ça me colle une migraine du feu de dieu, et j’arrive au ciné avec l’envie de trucider le mec de la pub Mediavision, dont je ne peux plus saquer ni la tronche, ni la musique.

Non, mais sinon, c’est sympa, le cinéma. Ca manque juste un chouia de spontanéité, mais c’est sympa.

Et puis c’est sans compter la faune étrange qui peuple parfois les salles obscures :

Il y a ceux qui chuchotent entre eux pour se raconter à nouveau l’histoire, au cas où ils auraient loupé un détail capital. Ceux qui ponctuent toute scène d’amour de smaaacks sonores et dégoulinants de mièvrerie, ou au contraire, ceux qui soupirent de frustration quand à l’écran, Brad roule une méga pelle à Angelina. Ceux qui nous interpellent vingt minutes après le générique de début pour nous demander d’un air horrifié si « ça va être en V.O. pendant tout le film ? ».

Il y a ceux qui ont le rire un peu facile ou un peu trop prononcé. Ceux qui ont choppé une quinte de toux taille XXL et qu’on préfère ne pas avoir à côté de soi, sous peine de ne plus rien capter aux dialogues du film. Ceux qui ont oublié d’éteindre leur portable, ou ceux qui décrochent carrément en pleine séance (« Allo ? Oui, j’peux pas t’parler là, j’suis au cinéma… »).

Il y a ceux qui mâchonnent leur popcorn avec autant de classe et de discrétion qu’un bovidé dans son pré. Ceux qui préfèrent attendre une scène cruciale du film pour gonfler tout le monde avec le bruit d’ouverture d’emballage de leur Magnum trois-chocolats. Ceux qui remuent à la paille les glaçons au fond de leur Fanta grand modèle jusqu’à ce qu’ils aient bien fondu. Ceux qui farfouillent dans leur sac ou leurs poches pendant des heures, en remuant copieusement au passage trousseau de clés, porte-monnaie tintinnabulant et paquet de kleenex bien bruyants.

Il y a ceux qui nous demandent de nous déplacer « juste d’un siège », sauf que maintenant, on est assis derrière le brushing de Sonia Rykiel et on voit que dalle. Ceux qui mesurent 2m12 et qui choisissent de s’asseoir pile poil devant nous, alors que toute la rangée est libre. Ceux qui restent debout plantés au milieu de la rangée pendant les bandes annonces, le temps pour eux 1- d’enlever soigneusement le manteau, 2- le plier, 3- le déposer proprement sur le siège d’à côté, 4- épousseter le siège qu’ils ont choisi, 5- finir par enfin poser leur cul délicat. Ceux qui arrivent une fois que le film est commencé, et qui mettent des heures à trouver une place (« oui, mais il fait tout noir, je vois rien ») (je m’en fous, je veux pas le savoir, tu te magnes). Ceux qui s’étirent comme un chat au beau milieu du film, les bras en l’air au dessus de la tête, pensant sans doute que tous ceux de derrière pioncent depuis belle lurette et que ça ne les gênera pas.

Y’a des fois, franchement, j’me dis qu’un bon DVD chez soi…

(Article posté le 21 novembre 2006).

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Commentaires
K
Bonjour Deedee.<br /> Sous les tropiques depuis 10 ans, j'ai connu le ciné dont tu parles au début de ta note et j'ai cessé d'y aller le jour ou les grandes salles nous "conseillaient "fortement d'acheter nos billets à l'avance. <br /> J'y allais souvent sur les Grands Boulevards me faire une toile en après-midi, mais comme tu dis, la spontanéité de voir un film ne se fait plus.<br /> Désormais, sur mon île, une salle de ciné se remplit trois jours par semaine avec des bandes qui arrivent chez nous après être passées à la Réunion et à l'île Maurice. <br /> La qualité n'est pas souvent au rdv ni la nouveauté d'ailleurs. <br /> Les Ch'tis sont passés au mois de juin, et je ne ferais PAS COMME TOUT LE MONDE, je le verrais sur Canal Sat dans quelques mois. <br /> Quant aux DVD, ils sont inexistants ici à Mayotte, si ce n'est quelques films made in Bollywood que les voyageurs ramènent de Dubaï. <br /> <br /> Mais l'ambiance que tu décris ne me manque pas du tout. Les gamins qui braillent parce que c'est long, deux heures. <br /> La mère qui s'en fout parce qu'elle a les larmes aux yeux à cause de la belle histoire d'amour.<br /> <br /> Le mec qui vient au ciné juste pour peloter sa copine et qui se fout devant toi pour que tu puisses voir l'aisance avec laquelle il pratique.<br /> <br /> Le pépé qui s'est trompé de salle et qui râle durant toute la projection.<br /> La petite grosse qui ne quitte pas son paquet de chips et qu'on a envie d'emplafonner à chaque fois qu'elle y plonge la main. <br /> <br /> Et le grand con qui a donné rendez-vous à sa copine et qui pourrit la vue de ses voisins parce qu'il la guette, même quand le film a commencé. Il lui faudra d'ailleurs attendre la fin du film pour comprendre qu'il s'est fait posé un lapin. <br /> <br /> Non, ça ne me manque pas du tout.<br /> <br /> Bonne semaine à toi
M
J'ai adoré aller au cinéma. Quand on pouvait se pointer les mains dans les poches l'après-midi, acheter sa place et rentrer voir le film.<br /> Et puis il a fallu faire la queue et même la queue deux fois<br /> Puis la programmation a été calculée de façon à ce que tu fasses la queue de toute façon même en choisissant une heure de moindre affluence.<br /> Puis elle a été encore optimisée et il faut se ruer pour voir les films qui ne sont pas des blockbusters.<br /> <br /> Je ne vais plus jamais au cinéma et pourtant dans les atouts de l'appart que j'habite il y a vait "proche de cinémas" !<br /> <br /> J'attends les dvd et tant pis si je n'ai pas le grand écran parce que j'organise des vrais moments de plaisir avec menu spécial cinéma et démarrage commenté de la projection et je retrouve ce qui s'est perdu dans toute cette "optimisation", le charme de la séance.
E
ALORS LA JE CRIE médiavision bordel 47 20 00 01 mes premiers souvenirs d'enfance du ciné c'est ça (oui je sais y'a dix chiffres dans un numéro de tel maintenant...) tu TOUCHE PAS A MEDIAVISION :(
R
Ayant la chance (oui, la chance) d'être parisienne, et re-la chance d'habiter près de la Grande Bibliothèque, je fréquente assidûment le MK2. C'est grand, on voit bien de partout, les sièges sont ultra confortables et on peut, à volonté, être proche de son voisin, ou vraiment bien séparé, grâce à l'accoudoir qui se lève. C'est pas top, ça ??<br /> ...mais en fait, j'y vais toute seule, comme ça, je ne m'occupe ni des goûts ni du timing des autres. Na.
T
Banjour ! <br /> C'est drôlement chouette par ici !!<br /> <br /> L'avantage du dvd, c'est qu'on peut se vautrer en pijama ridicule et couverture de mémé sur son canapé... hu... et ça, ça vaut pas un poil le ciné !!! J'ajouterais aussi que comme disait Sartres, L'enfer c'est les autres.... La dernière fois que j'étais au ciné, un olibrius qui avait très certainement abusé du mélange explosif coca/pop corn, à tout simplement dégueulé sur le siège devant lui... heureusemnet celui ci était libre... malheureusement pour nous, nous avons subi les efluves de vomi pendant toutes la scéance... erf....<br /> <br /> à bientôt
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