Train-train d'enfer
"Le p’tit train s’en va dans la campagne", qu’elle nous chantait, l’autre Mitsouko. Ah ? Oui, d’accord. C’était pas d’une grande philosophie, certes. Mais ça avait au moins le mérite d’être un peu plus mystérieux et poétique que les voix robots d’aujourd’hui, annonçant que "le TGV 6827 de 17h09 en provenance de Marseille-Saint Charles entrera en gare voie 17". Parce que là, bonjour le romantisme et l’inattendu, quoi.
Le train, moi, à la base, j’aime bien. Arriver un poil en avance pour passer au Relais H acheter des bons magazines de merde et un paquet de m&m’s pour le voyage ; poireauter devant le grand panneau d’affichage en attendant de connaître le quai d’embarquement ; galoper sur toute la longueur de la gare parce que, évidemment, je suis en voiture 18 et le train commence à la voiture 1 ; pester mentalement contre la Sncf pour ces foutus rangements de valises ; finir par m’échouer comme une baleine sur mon siège, enfin, et me créer mon petit espace à moi le temps du voyage. Tout ça, j’aime.
Ce que j’aime moins, en fait, c’est les autres voyageurs (ça vous aurait étonné que je dise l’inverse, je parie). Oui, je sais, on est tous le relou de quelqu’un d’autre. N’empêche que parfois, c’est à se demander si les gens ne le font pas exprès.
Déjà, le jour où certains comprendront que non, franchement, on s’en fout de les entendre raconter par le menu dans leur Iphone que "j'ai négocié à 68 KE en fixe + variable + stock options, sinon c'est même pas la peine d'en parler", que "j’ai vendu le projet à Chabat, il a surkiffé mon idée, on se voit next week à Ibiza, tu vois ?" ou que "trop une chaudasse, la meuf, non mais tu l’aurais vue, en plus, des nibards, je te raconte pas * ", l’humanité aura fait un grand pas. Mais j’ai comme l’impression que les poules auront des dents avant, en fait.
Vécu aussi, le type qui se mate l’intégrale de son film avec son voisin sans casque audio. Et bien sûr, le film, c’était pas la ‘La leçon de piano’, hein. Mais personne ne moufte, parce que le mec est barraque comme Joe Starr, et que manifestement, on ne veut pas finir avec la même dentition que lui, si le bonhomme en venait à s’énerver.
Dans un autre genre, la mère de famille « exemplaire » (ahem) qui tient à montrer à tout le wagon à quel point elle est douée pour faire apprendre à sa fille les tables de multiplication : « Et 3 fois 8 ? Tu sais pas combien ça fait, 3 fois 8 ? Mélissa ? Combien ça fait, 3 fois 8 ? Réponds, Mélissa ! 3 fois 8 ? ». Résultat : une gamine terrorisée et en pleurs, une mère hystérique, et une envie irrépressible de lui envoyer à la tronche une Texas Intrument flambant neuve, pour la peine.
Je passe sur les ados (ou moins ados) qui se démènent sur Nintendo à grands renforts de tzouinnnng, baaaam et wiiiizzz bien sonores (et ton casque, petit, ça sert à décorer ton sac ?), les papys-mamys qui n’ont pas bien réglé le sonotone (« commennnnnnnt ? qu’est-ce que tu diiiiiiiiiiiiis ? »), ou les agités du bocal qui ne peuvent pas tenir en place plus de cinq minutes.
Intolérante, moi ? Oui, certainement. D’une nature super calme, j’apprécierais vachement que les autres en fassent autant. C’est quand même pas pour rien que ça s’appelle les transports publics, non ? On n’est pas chez mémé, ici ?
Dans ce cas, rien de plus efficace que d’aller prendre un peu l’air (façon de parler) hors du wagon. Encore que. Suffit d’être postée debout près d’une fenêtre pour qu’on vous prenne pour une hôtesse d’accueil. « Vous savez où sont les toilettes ? », qu’on m’a demandé, l’autre fois. Heu, attendez, je crois que c’est deuxième à droite puis première à gauche. Tssss, c'te blague ! Chercher les toilettes dans un train… comme si en marchant un peu (tout droit, donc), on n’allait pas forcément tomber dessus !
Tiens, parlons-en, des toilettes, justement. Je ne sais pas comment les gens se démerdent pour foutre un tel souk là-dedans en si peu de temps, mais passée la première demi-heure de trajet, considérez que votre envie de pipiroomer est égale à une mission commando. J’aime autant vous dire, par exemple, que si vous y allez en tongues, c’est une très très mauvaise idée. Et je ne mentionnerai même pas cet odieux PQ farce et attrape, qui n’a de papier que le nom.
Pour finir (parce qu’il faut bien finir un jour), je voudrais qu’on m’explique un truc. Non parce que vraiment, je ne comprends pas : pourquoi la plupart des gens se lève et commence à attraper ses valises au moins dix bonnes minutes avant l’arrivée du train en gare ? Hein ? Pourquoi ? A quoi ça sert, bordel ? (A part emmerder celles et ceux qui voudraient lire ou dormir peinards jusqu’à la toute fin du voyage, j’entends).
Encore, quand il s’agit d’un arrêt provisoire, que le train marque seulement trois minutes de stop, je pourrais comprendre qu’on s’agite un peu les grelots pour être sûr de ne pas louper son coup.
Mais au terminus ? A quoi ça sert de poireauter gaiement dans les allées du tgv en titubant à chaque tournant, la valise posée sur l’accoudoir d’un siège qui n’est pas le sien, l’imper replié sur un bras, la cage du chat en équilibre sur l’autre, quand on sait que le train ne s’arrêtera vraiment que dix minutes plus tard. Et qu’on aura alors tout le temps de descendre !
Franchement, vous imaginez un peu le même merdier dans les avions ? Non. Bon, alors ? Y'en a quelques uns qui mériteraient de se faire botter le train, justement, hein...
* Hop ! Par ici la requête Google de taré en surchauffe du slip. Merci bien.