I can see clearly now
Previously on GinFizz, on racontait qu’on avait des nouveaux yeux et que c’était un peu la révolution intégrale dans ma petite vie de taupe des bois. Seulement, y’en a, ils voulaient des détails. Un peu gores, si possibles. Et moi, vous savez, quand je peux rendre service… (C’est bon, personne ne passe à table ?)
J’arrive donc à la clinique vendredi matin, la boule au ventre et mes maudites lunettes sur le nez. Il est 9h00, je suis la première patiente, tout est calme, et les poissons dans l’aquarium de l’entrée sont encore – eux – en train de pioncer (ces cons).
Après les formalités d’usage et la paperasserie habituelle, je patiente calmement (merci Lexomil) en refusant obstinément de regarder le film diffusé en boucle sur l’écran plasma, qui détaille point par point et avec moult visuels l’opération que je m’apprête pourtant à subir. Bon, sérieusement, c’est bien parce que j’ai déjà donné mon chèque de règlement et tout, parce que sinon, je me barrerais bien en cour…ah, trop tard, l’assistant du chirurgien vient me chercher par la peau des fesses et m’emmène au vestiaire pour me filer une charmante blouse jaune canari et une charlotte assortie. Je suis en train de m’extasier sur combien j’ai l’air mignonne déguisée en poussin miro (ce qui n’est pas donné à tout le monde), mais le type me confisque mes lunettes et m’asperge les yeux de gouttes désinfectantes. « Attention, ça pique un peu ». Ah ben sans déc’, hé ? Merci de prévenir, mec.
Même pas le temps de pleurnicher, me voilà dans la première salle d’opération. J’ai beau y voir que dalle pour le moment, j’ai quand même l’impression perturbante que le cockpit d’un Boeing 747, à côté du truc que j’ai devant moi, c’est de la nioniotte niveau CM1. Ca clignote de partout, ça bipbip régulièrement, et ça semble compter plus de boutons qu’une classe entière de collégiens abonnés au Biactol. Au-se-cours.
Je m’allonge en silence, stoïque, mais j’ai les miquettes à fond les ballons. Le chirurgien papote avec mon copain aux gouttes piquantes de tout à l’heure, en trifouillant deux trois trucs sur l’engin magique. Il m’explique ensuite calmement comment les choses vont se dérouler, choses que je ne vais pas répéter ici mot pour mot, à moins que vous n’ayez vraiment envie d’entendre parler d’ "écarte paupières", de "découpe de volet cornéen", d’ "anneau de succion", de « surtout ne bougez pas" (ça, il l’a répété quatre fois), de "vous allez voir tout en gris clair" (je vous le confirme) (et c’était pas très joli), et de « non non, ah merdeuh, j’ai loupé un truc, là » (mais naaan, j’déconne, ne partez pas).
Dix minutes plus tard, je me dirige vers la seconde salle d’opération, celle du laser correcteur. Belotte et rebelotte : je m’allonge, je me calle, je subis le second flot de gouttes anesthésiantes. De toute façon, m’en fous, je vois plus rien, je me guide à la voix. Le médecin m’informe alors qu’on va me sangler fortement la tête "pour éviter tout type de micro tremblement intempestif du visage". C’est ça, mon gars, prends-moi pour une niaise, tant qu’on y est. S’il croit que je ne sais pas que c’est juste pour qu’on ne se tire pas vite fait de là, rapport à ce qu’on va bientôt se faire charcuter les yeux aux infrarouges, tsss…
Le plus drôle reste pourtant à venir.
Enfin… « drôle ». J’me comprends.
Pour réaliser la correction, il faut suivre du regard un point de laser rouge vif, et ne surtout pas le quitter des yeux. Déjà, bonjour la pression. Quand on ajoute à ça le fait que celui-ci émet, en travaillant, des bruits de mitraillettes et des odeurs de cochon grillé, on a clairement du mal à rester calme sur son fauteuil. (Ah, d’où les sangles, peut-être ?). J’hésite encore sur ce qui me plait le plus : m’imaginer sur un champ de tir en Irak ou dans un kebab à Barbès, mais hop, déjà, c’est terminé. Putain, si on n’a même plus le temps de s’amuser, maintenant ?
Dernières gouttes (décidemment), premières recommandations : « A partir de maintenant, vous ne vous touchez plus les yeux pendant quinze jours minimum ». Une ordonnance, un numéro de tél en cas d’urgence. Et zou, dehors. Il est 10h15. Et je vois. Flou, mais sans lunettes. Olé.
La suite ? Très simple. Aucune douleur, tout au plus une sensation de picotement dans l’œil pendant toute la journée. On me préconise beaucoup de sommeil durant les trois jours à venir, toujours en portant des coques en plastique transparent, pour éviter tout frottement involontaire sur l’œil. Ca me donne un petit look sympa et vraiment très féminin, mélange entre Albator et la clique de Pirates des Caraïbes. Manque de pot, Mardi Gras, c’est pas pour tout de suite, mais sinon, entre ça et le coup du poussin du matin, j’aurais été au top, niveau déguisement.
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas droit au maquillage et j’ai encore les yeux rouges d’un lapin myxomatosé, mais sinon, les choses rentrent peu à peu dans l’ordre. A la nuance près que, passé le premier choc de voir clair sans lunettes, l’œil et le cerveau doivent faire une sacrée gymnastique pour s’habituer à ce nouvel état, et que ma vue fluctue encore beaucoup, principalement sur ordinateur. J’y vais donc mollo sur tout ça pour le moment, et laisse faire le temps.
Mes horribles lunettes de vue sont restées dans leur étui depuis ce vendredi matin. Comme elles s’ennuient sévèrement, je songe grandement à leur procurer prochainement des copines en investissant enfin dans une vraie belle paire de lunettes… de soleil. Hé bah quoi ? C’est un ordre du médecin, j’vous signale. Et moi, je prends ma santé très au sérieux, sur ce coup-là.