Vous avez demandé la police, ne quittez pas
Je ne suis pas sûre que vous réalisiez bien un truc, les gars : vous êtes quand même en train de lire le blog d’une héroïne des temps modernes. Parce que figurez-vous qu'il y a quelques nuits, j’ai enfin pu laisser s’exprimer la Julie Lescault qui sommeille en moi.
Ceux qui suivent ce blog depuis un certain temps savent déjà que j’habite juste au dessus d’un petit restaurant et que je connais donc ce bonheur suprême (et donné à peu de gens) d’avoir en fond sonore permanent toute la vie backstage de ce type de commerce, depuis les engueulades du chef et de ses commis jusqu’au bruit des poubelles en fin de service. Avec le temps, c’est presque devenu routinier (même si toujours aussi gavant) et ce joyeux bordel bruyant fait aujourd’hui partie de mon quotidien.
Sauf que cette nuit-là, y’a eu comme qui dirait un bin’s.
4h du matin. Insomnie. Je tourne et me retourne dans mon lit pour trouver désespérément le sommeil. Le chat, ce con, pionce paisiblement, roulé en boule à mes pieds.
Soudain, bruit étrange. Le bruit d’une porte en bas dans la cour, qui n’aurait pas dû s’ouvrir à cette heure plus que matinale. Alerté lui aussi, le chat se dresse d’un coup sur ses pattes, et tend l’oreille avec moi. Quelqu’un marche doucement, trifouille des objets et déplace la poubelle du restaurant de façon très discrète. Impossible que ce soit le restaurateur lui-même, vu le barouf qu’il ne s’est jamais privé de faire quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.
Un type est donc en train de faire je-ne-sais-quoi juste en bas de ma fenêtre, sans vouloir être surpris, à 4h du mat’. Problème en vue, a priori.
J’écoute toujours, tout en cédant peu à peu à la cogitation intensive et à la parano. Que fabrique ce mec ? Qu’est-ce qu’il cherche ? Et si il venait se venger de son patron en foutant le feu au restaurant ? Ou en allumant le gaz ? Merde, ma chambre est juste au dessus…
En bas, l’autre débile manipule toujours sa poubelle et ses outils. J’hésite à allumer la lumière ou à carrément ouvrir les volets pour signifier que ce bruit me dérange. Mais à 4h du matin, toute seule chez soi, on fait bizarrement moins la fière que dans la théorie. En même temps, si l’intrus a l’intention de faire péter tout l’immeuble pour une raison obscure, je ne suis pas trop d’accord. Ma détermination revient d’un coup. Ni une ni deux, j’attrape ma cape, mon épée, et surtout mon téléphone, pour prévenir la police.
Bon, ben faut quand même que vous sachiez un truc : il a beau être 4h du mat’ (enfin, un peu plus maintenant, avec toutes ces conneries), il y a de l’attente au bout du fil. Ouais. Autant dire que si on se retrouve face à un cambrioleur, on a le temps de se faire zigouiller à peu près quatre ou cinq fois.
Mais bref. Une nana finit par me répondre et me demande ce qui m’amène. Je lui raconte ma vie trépidante d’une façon complètement décousue. Ca ne la perturbe pas plus que ça, puisqu’elle me dit « j’envoie quelqu’un sur place vérifier ». J’attends donc le ‘quelqu’un’ en question, en faisant les cent pas dans mon appart (façon de parler, vue la taille de l’appart).
Dix minutes plus tard, deux flics arrivent, me questionnent à nouveau et filent voir dans la cour de l’immeuble. A travers les volets de ma chambre, je les entends marmonner « ben non, y’a rien, j’vois rien moi ». Vu que j’ai un peu d’ego et que je n’ai pas envie de passer pour la pauvre gourdasse qui a eu peur d’un chat sauvage égaré dans le coin, j’ouvre les volets et leur précise quand même que le simple fait qu’ils puissent accéder à la cour n’est pas normal, puisque la porte est toujours fermée à clé. Je reparle des bruits de déplacement de poubelle. John et Brian (ça leur va si bien) finissent par braquer leur lampe torche sur l’une des fenêtres du restaurant, située en hauteur, et légèrement entrouverte. Par un étrange hasard, la poubelle est juste en dessous, comme si le mec s’en était servi comme d’un escabeau.
John prend alors un ton hyper sûr de lui et affirme « y’a des traces d’effraction ». (Ah bah merci, oui, j’m’en doute. Pffff, faut vraiment leur mâcher le boulot, à ces flics, hein).
Je vous passe rapidement la suite des événements, sinon on est encore là demain :
Brian escalade à son tour la poubelle, cherche à pénétrer dans le resto tout en se demandant si l’intrus n’y est pas déjà planqué, et ne l’attend pas avec un couteau de cuisine bien aiguisé.
A peine le pied posé à l’intérieur, une horrible alarme se met à retentir et à nous vriller les tympans.
Du coup, le restaurateur, qui habite au dessus de son commerce, déboule en hurlant.
Brian se met à gueuler encore plus fort « c’est la police, c’est la police », de peur de se prendre un coup de poêle sur la tronche.
Et John, resté dans la cour, s’inquiète pour son pote : « ca va, Brian ? ca va ? ca va ? »
Oui, Brian va bien. Il est en train d’expliquer à monsieur le cuistot qu’on a tenté de pénétrer par effraction chez lui, et que la voisine du premier étage les a prévenus pour intervenir. Flots de remerciements et de bénédiction, bla bla bla… Déjà que le type m’aimait bien pour une raison qui m’échappe encore, il est maintenant littéralement amoureux de moi. J’en suis quitte pour un dîner gratos chez lui, à l’écouter jacter pendant une plombe. Pfff, rendez service aux gens tiens…
Ce qui m’épate, moi, c’est que pendant tout ce souk, pas un seul voisin n’aura pointé son museau par la fenêtre pour voir ce qui se passe. M’est avis que tout le monde pionce avec des boules Quies, rapport au barouf du feu de dieu que fait ce resto.
Mais la cerise sur le gâteau reste quand même le moment où John, en train de débriefer le commissariat en direct par radio, revient vers le cuistot pour demander « est-ce qu’une friteuse de marque Delonghi aurait disparu ? »
Gné ????!!!!!??!!!!!
Genre, un pauvre gars s’est emmerdé la vie à tenter de rentrer en douce dans un resto pour chourer une friteuse ?
A moitié morte de sommeil et morte de rire, je les ai laissés tous les trois à leurs histoires de friteuse, d’assurance, de plainte et de suspects potentiels, et je suis retournée sous ma couette finir ma nuit agitée. Et la seule conclusion que j’ai pu tirer de tout ça, c’est « cool, ca va me faire un truc sympa à raconter sur le blog ». Je suis grave, quand même.