Gin Fizz

Bulles de vie...

Douze mois d'émoi

14 novembre 2016

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C'était un matin de novembre, il y a juste un an. Au réveil lugubre d'une soirée tragique et éprouvante, tu as décidé de pointer ton petit museau dans ce monde choqué et anesthésié. Un peu pour nous faire oublier toutes ces horreurs, un peu aussi parce que ton heure était arrivée, tu as débarqué, sans tambour ni trompette, comme pour nous dire qu'il devait y avoir un "après" tout ça, et que la vie suivait son cours.

Ces premiers moments avec toi, je les ai traversés tiraillée entre mon émerveillement pour toi, douce poupée réconfortante, et le flot incessant d'informations terrifiantes au sujet de cette insupportable nuit du 13 novembre. Je me revois, seule avec toi dans ma petite chambre à la maternité, le nez dans ton cou mais les yeux rivés sur la télévision, abrutie et ébêtée devant les mêmes images en boucle, encore et toujours, sans pourtant être capable d'éteindre le poste. Et je me souviens très bien avoir pensé ce jour-là que, même avec un jour d'écart, ton anniversaire serait toujours associé à cette date noire. Plus tard, je me suis même surprise à dire aux gens que tu étais née "le lendemain matin du 13 novembre", au lieu de dire tout simplement "le 14". Comme si les événements étaient liés, d'une façon ou d'une autre.

Et finalement, ce n'était pas si faux. Que je l'aie voulu ou non, que j'y aie pris garde ou pas, tu as ressenti et partagé toutes mes angoisses, tout mon stress et toute mon insécurité éprouvés juste avant ta venue et pendant nos premiers jours de rencontre.
Mais ce n'est qu'en te voyant grandir que j'ai compris à quel point il avait été difficile pour toi de venir au monde en percevant toute l'anxieté de ta mère, et la sentir à la fois si attentionnée envers toi, mais parfois si lointaine aussi.
Les psys et les pédiatres à qui j'en ai parlé l'ont tous confirmé : tu as toi aussi éprouvé une très grande insécurité. De mois en mois, tu as nettement manifesté ton besoin accru de ma présence, ton désir d'être portée, sans cesse rassurée, câlinée, tranquillisée. A tel point que j'en ai été parfois étouffée et exaspérée, c'est vrai.

Aujourd'hui, tu restes encore une petite fille qui, à moins de tomber de sommeil, n'arrive pas à s'endormir seule, sans qu'on te tienne la main ou qu'on te caresse la joue. Mais les choses se sont apaisées.

Petit zébulon qui ne tient pas en place, tu as très bien su trouver la tienne au sein de notre home sweet home. Blondinette aux yeux clairs autant que ta soeur est mate de peau aux yeux sombres, mais avec ces mêmes cils de biche démesurés qui me rendent un peu jalouse. Un caractère déjà bien trempé et affirmé, du coffre à nous en faire péter les tympans quand tu hurles que tu as faim, et des sourires distribués à volonté quand tu es bien lunée.
Une petite fûtée qui, à mon grand malheur, a déjà compris comment on enlève les capuchons des feutres, qui raffole des télécommandes en tout genre et qui sait réclamer un nouveau boudoir en me tendant le paquet encore sous cellophane, genre "je voudrais bien un autre de ces trucs pas mauvais, s'il te plait".

Après quelques mois plutôt circonspects, ta grande soeur commence à entrevoir en toi sa future 'best friend ever'. Oui, tu lui piques ses jouets et tu lui planques ses feutres sous le canapé, mais elle s'exerce sur toi pour raconter ses histoires rocambolesques et assouvir son penchant 'maîtresse d'école qui donne des ordres'. Et moi, qui ai eu deux frères (jumeaux) mais pas de soeur, je suis heureuse de pouvoir observer à travers vous deux ce lien unique et ces éclats de rire à deux voix.

Déjà douze mois de toi, de nous, d'une vie à quatre souvent rock'n roll mais mille fois plus jolie aussi... Alors oui, ma croquette, on n'oubliera sans doute jamais de pleurer les 13 novembre à venir, mais on fera en sorte que les 14 soient des lendemains qui chantent plus fort, plus juste, et qu'ils soient aussi radieux et enchantés que tu le mérites.

 

En mémoire de H., J., M., H. Pour eux, pour tous les autres.

Posté par Katia_ à 18:59 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [7]




La maîtresse en maillot de bain

26 septembre 2016

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Bon, alors, cette rentrée ? Déjà trois semaines que les bancs d'école ont repris du service, il est peut-être temps qu'on aborde le sujet, non ?

Cette année, chez nous, c'était double-peine-adaptation : Babygirl-première-du-nom est entrée à la maternelle, et sa petite soeur a fait sa rentrée en crèche, directement en section "moyens". Et le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai encore du mal à me remettre de tous ces allers-retours et chassés-croisés que j'ai dû faire entre les deux établissements, à toute heure de la journée, pour y aller en douceur et faciliter l'assimilation de la nouveauté à chacune de mes petites têtes blondes bientôt pleines de poux en plus.

Encore que, je ne devrais pas trop me plaindre. Pour l'école, ça a été relativement fastoche. Pas de pleurs, pas de cris, pas de "mamannnnnnnnnnn pars pas" déchirants, comme j'ai pu l'observer chez d'autres énergumènes de la classe de ma fille. Limite un peu TROP facile, voyez ? Non pas que j'aurais aimé la voir se rouler par terre en pleurant pour me retenir près d'elle, mais bon, juste me montrer qu'elle est contente que je sois là avec elle pour cette nouvelle étape. Juste un peu ? Rien qu'un peu ? "C'est bon, tu peux y aller, maman !". Ah ? Bon, ok... #ramassetesdents

Madame est donc plutôt ravie de son nouveau statut d'écolière, a plein de copains-copines dont on a grand peine à connaître les prénoms, "la cantine c'est super bon" (oui, à mon avis, c'est surtout que personne ne l'y force à manger ses haricots verts, vu comme elle a la dalle tous les soirs), et chaque tenue du jour revient immanquablement gris craspouille au niveau des genoux et du popotin, signe que la récré doit être active et délurée.

De mon côté, je suis aussi en phase découverte et apprentissage de tout ce nouveau petit monde scolaire. Je lorgne sur les parents des copinous d'école pour voir qui a l'air sympa et qui j'ai pas envie d'inviter au prochain goûter d'anniversaire, et je distille subtilement des commentaires à Babygirl pour orienter ses amitiés : elle a l'air gentille, la petite fille, tu devrais jouer à la dinette avec elle... oh, regarde, elle a le même t-shirt que toi, oh dis donc, c'est un bon signe, ça... (Bon, en vrai, non, je ne la force à rien dans ses copinages, je me contente juste de croiser les doigts très fort).

J'essaye également de me mettre la maîtresse dans la poche sans en faire des caisses de lourdeur. Même quand elle nous a annoncé tout sourire qu'elle allait être absente lundi 12 septembre (le septième jour scolaire de l'année, donc, hein, n'est-ce pas. SEPTIEME), j'ai conservé mon sang-froid, mon visage d'ange et ma compassion affichés avec ardeur. Je n'ai aucun mérite, ce sont mes cours de théâtre qui ont tout fait. Parce que bon, SEPTIEME, quoi, merde !

En revanche, j'aimerais assez qu'on me présente les personnes qui ont (sans doute durement) planché sur les nouveaux rythmes scolaires. Et qu'on me dise aussi ce qu'elles avaient picolé avant de nous pondre cette abérration taille maxi best of. Sans déconner... pas un seul jour identique à un autre, selon qu'on a cantine, atelier, goûter ou étude. J'ai déjà moi-même un mal de chien à m'y retrouver, donc j'imagine assez bien à quel point ça doit être sympa pour un môme de trois ans.

Enfin, je suis repartie le coeur lourd de la réunion de rentrée, où les mesures anti-attentats nous ont été exposées. Ainsi, un soir prochain, ma fille reviendra hilare de l'école en m'expliquant qu'ils ont joué au méchant loup avec la directrice, qu'ils devaient se cacher et ne plus faire un seul bruit, et que c'était trop drôle. Et je devrai décoder qu'ils ont donc répété, sous forme de jeu, l'un des exercices obligatoires pour être prêts en cas d'intrusion forcée ou de plan de confinement. Ou comment l'innocence des dessins naïfs et colorés affichés dans les couloirs s'est téléscopée froidement avec nos bons vieux principes de réalité et de précaution.

Du côté de la crèche, ça a été une autre paire de manches. Essayez donc de coller au beau milieu de douze gamins braillards une petite fille de dix mois qui n'a quasi jamais quitté sa mère jusqu'ici et qui est en pleine période "peur de l'abandon", et puis revenez me voir pour me dire comment ça s'est passé. Je vous le donne en mille : mal.
Ma croquette m'a fendu le coeur chaque matin de ses pleurs et de ses bras tendus. (Je pense qu'elle a voulu ainsi rééquilibrer les choses avec sa soeur ingrate, pour me rassurer sur mon importance). Et même en y allant progressivement, je l'ai souvent récupérée les yeux bouffis d'avoir trop pleuré et mal dormi loin de moi. Je l'ai payé très cher : nuits agitées, caprices, perte d'appétit... Mais les choses rentrent peu à peu dans l'ordre, et si j'ai toujours le coeur serré de la laisser chouiner derrière moi le matin, je sais qu'elle s'amuse, découvre, observe et apprend beaucoup, avant de se jeter à nouveau sur moi le soir venu, quand je viens la chercher.

Désormais, on tient le bon bout. Notre rythme de croisière est à peu près calé, alors on garde le cap et on avance, contre vents et marées. Le plus drôle, c'est que je vois déjà se profiler, à l'horizon des trois semaines à venir, les premières vacances de l'année scolaire. Oui, quinze jours pour se reposer, et surtout pour bien perdre ces petites habitudes et ces rythmes qu'on commençait tout juste à maîtriser. Allez, vogue la galère rentrée !




Souviens-toi, l'été d'il y a cinq ans

17 août 2016

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Oh, c'est moche. Plus de trois mois sans rien écrire ici, le post précédent remontant à notre dernière escapade avant l'été. A croire qu'il n'y a que quand je suis loin de Paris et en vacances que je suis un peu inspirée pour venir par là. Enfin, "en vacances"... laissez-moi clarifier un peu les choses, tout de même.

A la fin de l'été 2013 et des premiers grands congés estivaux passés avec Babygirl number one, je vous racontais déjà ici que le terme "vacances" me semblait lééééééégèrement galvaudé, vu le peu de repos et de tranquilité d'esprit engrangés en trois semaines. Mais en fait, à l'époque, je ne savais pas encore. Je ne savais pas que des vacances avec UN enfant, c'est juste de la RI-GO-LADE à côté de ce qui nous attendait cet été, avec nos deux mioches en bandoulière, respectivement 3 ans 1/2 et 9 mois.

Pourtant, ça partait pas trop mal. J'étais blindée d'envies, des projets dans tous les sens, à base de visites plus ou moins culturelles, balades en pleine nature, rattrapage de lectures en stock, un poil de glandouille bronzette (histoire de faire un sort au teint d'endive fânée que je cultive depuis quelques mois) (depuis que mes nuits sont autant en dent de scie qu'un terrain de cross country), repas sains pour toute la famille (ou au moins, repas sain un jour sur deux) (ou trois, allez) et cure de sommeil pour tout le monde, devant tant de choses excitantes mais fatiguantes. J'avais même embarqué ma guitare offerte à mon anniversaire (de l'an dernier), sur laquelle je n'ai jamais eu le temps d'apprendre deux accords jusqu'ici.

Bon. Bah. La blague, quoi. Disons que même avec douze bras et des journées de 36 heures, je ne vois pas comment il est matériellement possible de "profiter" vraiment de cette période tant attendue qu'est l'été loin de Paris quand on a deux jeunes descendants sur les bras.
J'aime autant vous dire qu'à ce stade de nos vacances, la guitare peut s'estimer heureuse si je lui ai gratouillé le ventre au moins dix minutes en temps cumulé. La "pile à lire" avance à pas de fourmi, sauf sur les dernières pages des polars, qui, eux, ont raison de mes bonnes résolutions "me coucher plus tôt". Et à table, tout ce qui comporte minimum une rondelle de courgette (même très fine) est requalifié d'"excellent-pour-la-santé-allez-mange-ça-fait-grandir", et tant pis si le reste de l'assiette sort direct des barquettes sous vide du frigo.

Quant aux balades, visites et autres virées bucoliques, si la volonté est là, elle est bien vite rattrapée par tout le tintouin à mettre en place quand on se coltine des enfants encore en bas âge. C'est à dire qu'entre le moment où on décide de se pointer quelque part et le moment où on peut EFFECTIVEMENT mettre les voiles, il s'est écoulé environ 1h30 :
"Alors, faut prendre de l'eau en bouteille pour la grande, et en biberon pour la petite, on prévoit un goûter aussi, où sont les pom'potes ?, je lui prends une dose de lait au cas où ? oui, chérie, on prend les gâteaux, arrête de crier, alors t'as trouvé sur le GPS ? bon, où j'ai collé le sac des balades ? ah faut aussi prendre la crème solaire ! ou plutôt attends, on va les tartiner tout de suite, ce sera fait, les enfants, venez ici, on met la crème, non chérie, on n'emporte pas le cahier de coloriage, et les chapeaux, ils sont où ? ok, bon, faut que je retrouve mes lunettes de so... ah, on prend des gilets-au-cas-où, si si, on prend, on sait jamais, putain mon sac est pas assez grand, alors le GPS c'est bon ?, NON, pas le cahier de coloriage j'ai dit, cherche plutôt ton doudou si tu veux partir avec, toi, et... merde, elle a fait pipi, faut changer la couche, ah d'ailleurs, bichette, vient faire pipi toi aussi avant qu'on parte, ok, c'est bon ? j'ai tout ? le GPS dit quoi ? 40 minutes de route ???? Bah on va arriver trop tard, laisse tomber..."

Sans déconner, est-ce qu'il existe quelque chose de MOINS reposant que d'organiser une virée à la plage avec des mioches de moins de cinq ans ? Est-ce que c'est une punition pour toutes ces heures passées tranquille à lézarder au soleil que d'avoir à essayer de tartiner de crème solaire collante des gamins qui n'ont de cesse que de mettre leurs mains, leurs pieds et leur... reste en plein dans le sable ? Est-ce que quelqu'un, là-haut, nous teste lorsque la progéniture adorée traverse toute la plage bondée jusqu'à nous en braillant "maaaamannnnn, cacaaaaa, vite !" ? Est-ce qu'il est plus tolérable de se faire vomir de la compote dessus trois fois de suite quand on est en maillot de bain plutôt qu'habillée ? Est-ce que nous subissons à notre insu un test de Q.I. et de mémoire quand il faut penser à prendre râteaux, pelles, seaux, douze moules à pâtés de sable, bouées, brassards, épuisettes, chaussons anti-cailloux-bobo-aux-pieds, bobs et casquettes, parasol, ponchos de séchage et maillot de bain Reine des Neiges quand il s'agit d'aller batifoler deux heures sur la plage ? Je pose juste la question...

Pfffffffouuuuuu, mais qu'est-ce que c'est que ce stress inutile qu'on se trimballe MEME en vacances ? A quel moment c'est devenu si compliqué d'organiser ne serait-ce qu'une simple balade en famille ? (Ne me répondez pas, je sais TRES précisemment à quel moment, merci).

J'avoue qu'il m'arrive parfois de repenser avec nostalgie à ces étés passés, où le seul rythme qui comptait était celui de mes envies. Où je pouvais ingurgiter trois livres par semaine sans avoir de comptes à rendre, et où le terme "déconnexion" avait un tout autre sens. Où seul mon estomac décidait de l'heure des repas (et de leur nombre), et où on pouvait décoller pour la plage en cinq minutes montre en main. C'était il y a cinq ans, y a un siècle, y a une éternité.

Notez quand même que je parle de nostalgie, et non de regrets. Je ne suis pas une mère indigne au point de préférer passer mes vacances en solo ou en couple, à coller les gosses au Club Mickey et/ou aux grands-parents et/ou à la nounou et/ou à-n'importe-qui-voulant-bien-s'en-occuper-ne-serait-ce-que-quinze-minutes. Mais il me reste encore dix jours de vacances à tenir... et il est bien possible que mon avis change d'ici là.

(Ce billet est sponsorisé par l'Amicale des Parenthèses, manifestement).

Posté par Katia_ à 20:50 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [21]



Sur la route

10 mai 2016

pinède

Plutôt bien lancés dans nos envies de découverte du monde, Chéribibi et moi avons inévitablement dû nous assagir un peu sur la question "Voyages" avec l'arrivée de notre première croquette il y a trois ans, et encore plus depuis la naissance de la mini-chouquette, qui double la dose de "choses qu'on ne peut pas faire avant que les kids grandissent".

Les destinations vacances se choisissent désormais dans un périmètre de six heures maximum de voiture. Et le train, me direz-vous ? Je n'ai pas encore eu l'occasion de tenter le diable, mais sachant que déjà, en voyageant seule, j'ai du mal à ne pas arriver rougeaude et essoufflée dans mon wagon, rapport à tout mon barda perso (sac de voyage, sac à main, sac à ordi, sac à journaux pour le voyage, M&m's et sandwich pour la route...), je ne vois décemment PAS comment il serait humain de m'infliger la même épreuve avec, en plus, bagages des deux mioches, biberons, sac de change, jouets pour les occuper, coque ou transat, poussette, lit parapluie... tout ce bordel incroyable que tout jeune parent se trimballe dès qu'il met un pied hors de chez lui.

Donc le train, merci, mais non merci. La voiture me parait plus reposante. Sauf que...

Voyager en voiture avec des enfants, c'est savoir occuper le temps de trajet en usant de toutes les combines possibles. Faire semblant de compter les voitures rouges et les vertes, imaginer des formes dans les nuages, se réjouir et faire semblant de s'extasier au moindre troupeau de vaches croisé sur la route. Au trente-deuxième "t'as vu, maman, les vaches ?", je peux vous assurer que l'enthousiasme feint perd réellement de sa superbe.
C'est aussi chanter en boucle les mêmes chansons (coucou la Reine des Neiges), et éventuellement passer au CD quand on n'en peut plus de brailler qu'on est délivréeeeeeeee (si seulement...). J'ai personnellement eu à me farcir une compil' de Carlos prêtée par un copain de Chéribibi qui - soit-disant - adoooooorait ces chansons étant petit - j'espère qu'il consulte - et j'ai souffert intérieurement durant 52 minutes et douze chansons. Veuillez noter mon sens du dévouement, monsieur le juge.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est aussi finir, de guerre lasse, par acheter un obscur magazine Peppa Pig devant lequel se pâme l'enfant ("y'a des gommettes") dans l'espoir de l'occuper une vingtaine de minutes. Tu parles ! Une fois trois gommettes décollées (retrouvées sur les vitres) et le machin feuilletté fébrilement, c'est parti pour la rengaine "tu peux me lire l'histoire ?", répété en boucle, qui nous saoule presque autant que la voix de Carlos.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est devenir Shiva-les-douze-bras en un clin d'oeil. Tiens, un mouchoir pour ton nez, souffle ! Oh, la tétine est coincée dans le siège. Mince, le doudou est tombé par terre, gogo-gadget-au-bras pour réussir à le repêcher. Tu as le soleil dans la figure, bouge pas, je colle le pare-soleil Nemo. Tu as faim ? Tu as soif ? Tu as... envie de vomir ? Ah... vite, le sac plastique qu'on garde à portée de main. Pas deux secondes de répit, je vous dit ! Alors si EN PLUS faut faire le co-pilote préposé au GPS, je démissionne.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est déroger à tous ses principes alimentaires en leur refourguant à tire-larigot madeleines, compotes, brioches et autres joyeusetés pas trop chocolatées (je ne suis pas maso, faut pas déconner) pour qu'ils bouclent cinq secondes leur trou à gâteaux. C'est un risque à prendre (cf l'usage potentiel du sac à vomi sus-cité) mais il advient un moment où l'on est prêt à oser tous les dangers pour quelques minutes de silence. Même celui de se faire repeindre intégralement le siège-auto des restes pré-digérés du goûter, et à s'en taper le nettoyage de tous les minuscules interstices savamment imaginés par de sadiques concepteurs.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est ne plus vraiment pouvoir déjeuner à quinze heures pour éviter la foule des aires d'autoroute, sous peine de braillements XXL en dolby stéréo à l'arrière. C'est donc la double-peine à chaque déjeuner : aire bondée de familles aux mouflets affamés, ET files d'attente carabinées. File d'attente à la caisse. File d'attente pour le micro-ondes (puisque Mâdâme ne veut pas avaler son petit pot non réchauffé). File d'attente à la salle de change des bébés, aux toilettes des femmes. File d'attente à la machine à café. Sans compter la chasse aux chaises libres, la gamine qui ne veut évidemment pas bouffer ce qu'on lui a prévu, et les pleurs à calmer devant le bruit vraiment terrifiant des sèche-mains électriques.
Au départ, ça s'appellait une "pause" déjeuner, à l'arrivée, on retourne à la voiture avec l'impression d'avoir fait la guerre du Vietnam. La pub disait : "Total, vous ne viendrez plus chez nous par hasard"... Par hasard, non, mais par punition et expiation de nos fautes, très certainement.

La prochaine fois, si vous voulez, on pourra aussi parler de ces engins de torture mentale que sont les sièges-auto, et de la façon dont on doit suer sang et larmes pour parvenir à sangler les moutards dedans sans se péter trois ongles ni se déboîter le cou. Perso, j'ai pas encore compris comment rester zen avec ces machins-là... Mais vivement les prochaines vacances, qu'on s'amuse un peu !


Posté par Katia_ à 09:15 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [12]



Etoile de mère

21 mars 2016

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On dit souvent que les cent premiers jours de la vie d'un bébé sont essentiels pour tout construire sur de bonnes bases. Les dés sont donc jetés, car si mes calculs sont bons (j'ai vérifié, ils sont bons), voilà cent-vingt jours que ma seconde croquette a rejoint notre home sweet home. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas été de tout repos.

On a beau être préparé, avoir assimilé avec anxieté les mises en garde des potes, activé toutes les options "on va y arriver" et mentalement se répéter "c'est juste un moment difficile à gérer", force est de constater que quand le tsunami du deuxième enfant débarque, il n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Déjà, cette seconde grossesse m'avait laissé un arrière-goût un peu salé, entre le manque de repos, le bidou vraiment imposant et le corps, plus âgé de trois ans, qui n'encaisse plus aussi bien les transformations majeures. Rien à voir avec la plénitude et la presque-sérénité de ma première maternité, où je répétais à peine une semaine après l'accouchement que mon gros ventre et mes sensations de femme enceinte me manquaient déjà. Ah, cette fois-ci, niet de chez niet. Libéréeeeee, délivréeeee, la fille !

Et puis on a plongé le nez dans cette nouvelle vie à quatre, balayant d'un coup d'un seul nos habitudes, nos aptitudes et nos certitudes.

Alors que notre rythme se pliait facilement au bon vouloir de Croquette-Première-du-nom (elle a faim ? On mange ! Elle fait la sieste ? Nous aussi ! Elle est déjà réveillée ? Bon bah nous... pareil !), il a fallu à sa petite soeur plus d'adaptabilité pour se couler dans le moule familial du mieux possible, faire doucement sa place, sans jamais connaître ce statut d'enfant-roi propre aux aînés des fratries tant qu'ils sont l'enfant unique. Oui ma cocotte, tu es la seconde, et il y a déjà toute une organisation familiale en place, il faudra bien faire avec.

Quant à la grande soeur, grosse désillusion ! On lui promettait une nouvelle copine avec qui jouer à la poupée et aux legos, et voilà que débarque dans SA chambre un petit machin grand comme un haricot, qui ne sait même pas tenir un jouet dans ses mains, qui suscite des chuuuuuut et des moins fooooort affolés dès qu'elle daigne pioncer un peu, et avec qui il faut désormais partager ses parents, leur temps et leurs bras. Pour le cadeau, on repassera.

Et ne parlons pas des sacro-saints principes "parents-presque-parfaits" qui volent en éclats pour canaliser l'une ou l'autre, gagner du temps et (s')éviter moult crises de nerfs.
Avant : "non, chérie, pas trop de télé, je préfère qu'on fasse un puzzle ensemble". Maintenant : "Raiponce pour la douzième fois de la semaine ? Mais bancoooooo, fonce, ma puce !".
Avant : "un peu de légumes et de fruits à chaque repas, c'est essentiel". Maintenant : "non, mais les coquillettes-jambon, c'est très bien. Féculents + protéïnes, c'est é-qui-li-bré".
Avant : "nous, tu vois, on évite la tétine au max, pour ne pas créer de dépendance". Maintenant : "mais file lui sa tétine, putain, qu'elle arrête de brailler comme ça !"
Bref, je ne vous fais pas de dessin...

Ou plutôt, si, venez, on s'assoit tous ensemble et on parle des crises de nerfs de l'aînée qui régresse à souhait, demande qu'on lui serve son repas bouchée par bouchée, et réclame un câlin en hurlant à la mort toujours au moment des biberons ou des changements de couches. Ou qui, au contraire, cherche à marquer son émancipation en voulant tout faire "toute seule", avec patience et application, ce qui a le don de m'attendrir me mettre les nerfs au court-bouillon.
Ou parlons de Croquette-Minus qui décide subitement qu'elle a faim au moment exact où le dîner parental est prêt, et ce, qu'il soit 18h53 ou 23h40 (oui, on a essayé TOUTE l'amplitude horaire de la soirée). A croire qu'elle a des radars à bouffe à la place des sinus, celle-là !

Oui, ces cent-vingt jours n'ont vraiment pas été un long fleuve tranquille. J'ai fait le deuil des nuits complètes (un peu plus qu'avant, je veux dire) et du teint de rose. J'ai renoncé à une maison en ordre, puisque les feutres sans capuchon, les peluches éducatives et les chaussures de Barbie sont venus prendre la place des jolis vases et des bougies parfumées. Mon arbre-à-linge-qui-sèche frôle l'overdose et n'a même plus le temps d'être rangé. J'ai des crampes aux mains à force de laver, plier, ranger, re-laver, rincer, nettoyer, désinfecter tétines, biberons, couches, baby-fringues et linge de lit. J'ai le dos ruiné pour cause de gigot de six kilos porté en porte-bébé, et je deviens schizophrène à entendre en stéréo les pleurs de l'une d'un côté et les "maman, regarde" répétés de l'autre, qui voudrait tellement que mon monde ne tourne encore qu'autour d'elle.

Et pourtant, au milieu de ce tableau de chaos domestique, on voit émerger de ci de là quelques moments-pépites qui laissent entrevoir de futures éclaircies. Une toute petite croquette de quatre mois qui pousse à merveille, use de sourires comme d'une arme de séduction massive, et manifeste déjà un vif intérêt pour sa grande soeur en ne la quittant jamais des yeux. Une grande de trois ans qui ne sait pas toujours si elle préfère jouer à l'indépendante ou redevenir bébé, mais qui n'oublie jamais de faire un bisou de bonne nuit à sa petite soeur, et qui nous murmure des mots doux à l'oreille juste avant de sombrer dans le sommeil.

Quatre mois-tsunami qui ne laissent pas de répit, mais deux petites souris épanouies à qui on offrirait le monde. L'hiver aura été sport, mais avec un tel résultat, je trouve que je l'ai méritée, mon étoile. Non ?


En photo : l'atelier faire-part, ou la fausse-bonne-idée, qui va me permettre de retrouver des étoiles dorées
planquées dans tous les recoins de l'appart pendant au moins cinq mois.

Posté par Katia_ à 20:58 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [13]