Gin Fizz

Bulles de vie...

Souviens-toi, l'été d'il y a cinq ans

17 août 2016

porte_vacances

Oh, c'est moche. Plus de trois mois sans rien écrire ici, le post précédent remontant à notre dernière escapade avant l'été. A croire qu'il n'y a que quand je suis loin de Paris et en vacances que je suis un peu inspirée pour venir par là. Enfin, "en vacances"... laissez-moi clarifier un peu les choses, tout de même.

A la fin de l'été 2013 et des premiers grands congés estivaux passés avec Babygirl number one, je vous racontais déjà ici que le terme "vacances" me semblait lééééééégèrement galvaudé, vu le peu de repos et de tranquilité d'esprit engrangés en trois semaines. Mais en fait, à l'époque, je ne savais pas encore. Je ne savais pas que des vacances avec UN enfant, c'est juste de la RI-GO-LADE à côté de ce qui nous attendait cet été, avec nos deux mioches en bandoulière, respectivement 3 ans 1/2 et 9 mois.

Pourtant, ça partait pas trop mal. J'étais blindée d'envies, des projets dans tous les sens, à base de visites plus ou moins culturelles, balades en pleine nature, rattrapage de lectures en stock, un poil de glandouille bronzette (histoire de faire un sort au teint d'endive fânée que je cultive depuis quelques mois) (depuis que mes nuits sont autant en dent de scie qu'un terrain de cross country), repas sains pour toute la famille (ou au moins, repas sain un jour sur deux) (ou trois, allez) et cure de sommeil pour tout le monde, devant tant de choses excitantes mais fatiguantes. J'avais même embarqué ma guitare offerte à mon anniversaire (de l'an dernier), sur laquelle je n'ai jamais eu le temps d'apprendre deux accords jusqu'ici.

Bon. Bah. La blague, quoi. Disons que même avec douze bras et des journées de 36 heures, je ne vois pas comment il est matériellement possible de "profiter" vraiment de cette période tant attendue qu'est l'été loin de Paris quand on a deux jeunes descendants sur les bras.
J'aime autant vous dire qu'à ce stade de nos vacances, la guitare peut s'estimer heureuse si je lui ai gratouillé le ventre au moins dix minutes en temps cumulé. La "pile à lire" avance à pas de fourmi, sauf sur les dernières pages des polars, qui, eux, ont raison de mes bonnes résolutions "me coucher plus tôt". Et à table, tout ce qui comporte minimum une rondelle de courgette (même très fine) est requalifié d'"excellent-pour-la-santé-allez-mange-ça-fait-grandir", et tant pis si le reste de l'assiette sort direct des barquettes sous vide du frigo.

Quant aux balades, visites et autres virées bucoliques, si la volonté est là, elle est bien vite rattrapée par tout le tintouin à mettre en place quand on se coltine des enfants encore en bas âge. C'est à dire qu'entre le moment où on décide de se pointer quelque part et le moment où on peut EFFECTIVEMENT mettre les voiles, il s'est écoulé environ 1h30 :
"Alors, faut prendre de l'eau en bouteille pour la grande, et en biberon pour la petite, on prévoit un goûter aussi, où sont les pom'potes ?, je lui prends une dose de lait au cas où ? oui, chérie, on prend les gâteaux, arrête de crier, alors t'as trouvé sur le GPS ? bon, où j'ai collé le sac des balades ? ah faut aussi prendre la crème solaire ! ou plutôt attends, on va les tartiner tout de suite, ce sera fait, les enfants, venez ici, on met la crème, non chérie, on n'emporte pas le cahier de coloriage, et les chapeaux, ils sont où ? ok, bon, faut que je retrouve mes lunettes de so... ah, on prend des gilets-au-cas-où, si si, on prend, on sait jamais, putain mon sac est pas assez grand, alors le GPS c'est bon ?, NON, pas le cahier de coloriage j'ai dit, cherche plutôt ton doudou si tu veux partir avec, toi, et... merde, elle a fait pipi, faut changer la couche, ah d'ailleurs, bichette, vient faire pipi toi aussi avant qu'on parte, ok, c'est bon ? j'ai tout ? le GPS dit quoi ? 40 minutes de route ???? Bah on va arriver trop tard, laisse tomber..."

Sans déconner, est-ce qu'il existe quelque chose de MOINS reposant que d'organiser une virée à la plage avec des mioches de moins de cinq ans ? Est-ce que c'est une punition pour toutes ces heures passées tranquille à lézarder au soleil que d'avoir à essayer de tartiner de crème solaire collante des gamins qui n'ont de cesse que de mettre leurs mains, leurs pieds et leur... reste en plein dans le sable ? Est-ce que quelqu'un, là-haut, nous teste lorsque la progéniture adorée traverse toute la plage bondée jusqu'à nous en braillant "maaaamannnnn, cacaaaaa, vite !" ? Est-ce qu'il est plus tolérable de se faire vomir de la compote dessus trois fois de suite quand on est en maillot de bain plutôt qu'habillée ? Est-ce que nous subissons à notre insu un test de Q.I. et de mémoire quand il faut penser à prendre râteaux, pelles, seaux, douze moules à pâtés de sable, bouées, brassards, épuisettes, chaussons anti-cailloux-bobo-aux-pieds, bobs et casquettes, parasol, ponchos de séchage et maillot de bain Reine des Neiges quand il s'agit d'aller batifoler deux heures sur la plage ? Je pose juste la question...

Pfffffffouuuuuu, mais qu'est-ce que c'est que ce stress inutile qu'on se trimballe MEME en vacances ? A quel moment c'est devenu si compliqué d'organiser ne serait-ce qu'une simple balade en famille ? (Ne me répondez pas, je sais TRES précisemment à quel moment, merci).

J'avoue qu'il m'arrive parfois de repenser avec nostalgie à ces étés passés, où le seul rythme qui comptait était celui de mes envies. Où je pouvais ingurgiter trois livres par semaine sans avoir de comptes à rendre, et où le terme "déconnexion" avait un tout autre sens. Où seul mon estomac décidait de l'heure des repas (et de leur nombre), et où on pouvait décoller pour la plage en cinq minutes montre en main. C'était il y a cinq ans, y a un siècle, y a une éternité.

Notez quand même que je parle de nostalgie, et non de regrets. Je ne suis pas une mère indigne au point de préférer passer mes vacances en solo ou en couple, à coller les gosses au Club Mickey et/ou aux grands-parents et/ou à la nounou et/ou à-n'importe-qui-voulant-bien-s'en-occuper-ne-serait-ce-que-quinze-minutes. Mais il me reste encore dix jours de vacances à tenir... et il est bien possible que mon avis change d'ici là.

(Ce billet est sponsorisé par l'Amicale des Parenthèses, manifestement).

Posté par Katia_ à 20:50 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [16]




Sur la route

10 mai 2016

pinède

Plutôt bien lancés dans nos envies de découverte du monde, Chéribibi et moi avons inévitablement dû nous assagir un peu sur la question "Voyages" avec l'arrivée de notre première croquette il y a trois ans, et encore plus depuis la naissance de la mini-chouquette, qui double la dose de "choses qu'on ne peut pas faire avant que les kids grandissent".

Les destinations vacances se choisissent désormais dans un périmètre de six heures maximum de voiture. Et le train, me direz-vous ? Je n'ai pas encore eu l'occasion de tenter le diable, mais sachant que déjà, en voyageant seule, j'ai du mal à ne pas arriver rougeaude et essoufflée dans mon wagon, rapport à tout mon barda perso (sac de voyage, sac à main, sac à ordi, sac à journaux pour le voyage, M&m's et sandwich pour la route...), je ne vois décemment PAS comment il serait humain de m'infliger la même épreuve avec, en plus, bagages des deux mioches, biberons, sac de change, jouets pour les occuper, coque ou transat, poussette, lit parapluie... tout ce bordel incroyable que tout jeune parent se trimballe dès qu'il met un pied hors de chez lui.

Donc le train, merci, mais non merci. La voiture me parait plus reposante. Sauf que...

Voyager en voiture avec des enfants, c'est savoir occuper le temps de trajet en usant de toutes les combines possibles. Faire semblant de compter les voitures rouges et les vertes, imaginer des formes dans les nuages, se réjouir et faire semblant de s'extasier au moindre troupeau de vaches croisé sur la route. Au trente-deuxième "t'as vu, maman, les vaches ?", je peux vous assurer que l'enthousiasme feint perd réellement de sa superbe.
C'est aussi chanter en boucle les mêmes chansons (coucou la Reine des Neiges), et éventuellement passer au CD quand on n'en peut plus de brailler qu'on est délivréeeeeeeee (si seulement...). J'ai personnellement eu à me farcir une compil' de Carlos prêtée par un copain de Chéribibi qui - soit-disant - adoooooorait ces chansons étant petit - j'espère qu'il consulte - et j'ai souffert intérieurement durant 52 minutes et douze chansons. Veuillez noter mon sens du dévouement, monsieur le juge.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est aussi finir, de guerre lasse, par acheter un obscur magazine Peppa Pig devant lequel se pâme l'enfant ("y'a des gommettes") dans l'espoir de l'occuper une vingtaine de minutes. Tu parles ! Une fois trois gommettes décollées (retrouvées sur les vitres) et le machin feuilletté fébrilement, c'est parti pour la rengaine "tu peux me lire l'histoire ?", répété en boucle, qui nous saoule presque autant que la voix de Carlos.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est devenir Shiva-les-douze-bras en un clin d'oeil. Tiens, un mouchoir pour ton nez, souffle ! Oh, la tétine est coincée dans le siège. Mince, le doudou est tombé par terre, gogo-gadget-au-bras pour réussir à le repêcher. Tu as le soleil dans la figure, bouge pas, je colle le pare-soleil Nemo. Tu as faim ? Tu as soif ? Tu as... envie de vomir ? Ah... vite, le sac plastique qu'on garde à portée de main. Pas deux secondes de répit, je vous dit ! Alors si EN PLUS faut faire le co-pilote préposé au GPS, je démissionne.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est déroger à tous ses principes alimentaires en leur refourguant à tire-larigot madeleines, compotes, brioches et autres joyeusetés pas trop chocolatées (je ne suis pas maso, faut pas déconner) pour qu'ils bouclent cinq secondes leur trou à gâteaux. C'est un risque à prendre (cf l'usage potentiel du sac à vomi sus-cité) mais il advient un moment où l'on est prêt à oser tous les dangers pour quelques minutes de silence. Même celui de se faire repeindre intégralement le siège-auto des restes pré-digérés du goûter, et à s'en taper le nettoyage de tous les minuscules interstices savamment imaginés par de sadiques concepteurs.

Voyager en voiture avec des enfants, c'est ne plus vraiment pouvoir déjeuner à quinze heures pour éviter la foule des aires d'autoroute, sous peine de braillements XXL en dolby stéréo à l'arrière. C'est donc la double-peine à chaque déjeuner : aire bondée de familles aux mouflets affamés, ET files d'attente carabinées. File d'attente à la caisse. File d'attente pour le micro-ondes (puisque Mâdâme ne veut pas avaler son petit pot non réchauffé). File d'attente à la salle de change des bébés, aux toilettes des femmes. File d'attente à la machine à café. Sans compter la chasse aux chaises libres, la gamine qui ne veut évidemment pas bouffer ce qu'on lui a prévu, et les pleurs à calmer devant le bruit vraiment terrifiant des sèche-mains électriques.
Au départ, ça s'appellait une "pause" déjeuner, à l'arrivée, on retourne à la voiture avec l'impression d'avoir fait la guerre du Vietnam. La pub disait : "Total, vous ne viendrez plus chez nous par hasard"... Par hasard, non, mais par punition et expiation de nos fautes, très certainement.

La prochaine fois, si vous voulez, on pourra aussi parler de ces engins de torture mentale que sont les sièges-auto, et de la façon dont on doit suer sang et larmes pour parvenir à sangler les moutards dedans sans se péter trois ongles ni se déboîter le cou. Perso, j'ai pas encore compris comment rester zen avec ces machins-là... Mais vivement les prochaines vacances, qu'on s'amuse un peu !


Posté par Katia_ à 09:15 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [12]



Etoile de mère

21 mars 2016

faire-part2

On dit souvent que les cent premiers jours de la vie d'un bébé sont essentiels pour tout construire sur de bonnes bases. Les dés sont donc jetés, car si mes calculs sont bons (j'ai vérifié, ils sont bons), voilà cent-vingt jours que ma seconde croquette a rejoint notre home sweet home. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas été de tout repos.

On a beau être préparé, avoir assimilé avec anxieté les mises en garde des potes, activé toutes les options "on va y arriver" et mentalement se répéter "c'est juste un moment difficile à gérer", force est de constater que quand le tsunami du deuxième enfant débarque, il n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Déjà, cette seconde grossesse m'avait laissé un arrière-goût un peu salé, entre le manque de repos, le bidou vraiment imposant et le corps, plus âgé de trois ans, qui n'encaisse plus aussi bien les transformations majeures. Rien à voir avec la plénitude et la presque-sérénité de ma première maternité, où je répétais à peine une semaine après l'accouchement que mon gros ventre et mes sensations de femme enceinte me manquaient déjà. Ah, cette fois-ci, niet de chez niet. Libéréeeeee, délivréeeee, la fille !

Et puis on a plongé le nez dans cette nouvelle vie à quatre, balayant d'un coup d'un seul nos habitudes, nos aptitudes et nos certitudes.

Alors que notre rythme se pliait facilement au bon vouloir de Croquette-Première-du-nom (elle a faim ? On mange ! Elle fait la sieste ? Nous aussi ! Elle est déjà réveillée ? Bon bah nous... pareil !), il a fallu à sa petite soeur plus d'adaptabilité pour se couler dans le moule familial du mieux possible, faire doucement sa place, sans jamais connaître ce statut d'enfant-roi propre aux aînés des fratries tant qu'ils sont l'enfant unique. Oui ma cocotte, tu es la seconde, et il y a déjà toute une organisation familiale en place, il faudra bien faire avec.

Quant à la grande soeur, grosse désillusion ! On lui promettait une nouvelle copine avec qui jouer à la poupée et aux legos, et voilà que débarque dans SA chambre un petit machin grand comme un haricot, qui ne sait même pas tenir un jouet dans ses mains, qui suscite des chuuuuuut et des moins fooooort affolés dès qu'elle daigne pioncer un peu, et avec qui il faut désormais partager ses parents, leur temps et leurs bras. Pour le cadeau, on repassera.

Et ne parlons pas des sacro-saints principes "parents-presque-parfaits" qui volent en éclats pour canaliser l'une ou l'autre, gagner du temps et (s')éviter moult crises de nerfs.
Avant : "non, chérie, pas trop de télé, je préfère qu'on fasse un puzzle ensemble". Maintenant : "Raiponce pour la douzième fois de la semaine ? Mais bancoooooo, fonce, ma puce !".
Avant : "un peu de légumes et de fruits à chaque repas, c'est essentiel". Maintenant : "non, mais les coquillettes-jambon, c'est très bien. Féculents + protéïnes, c'est é-qui-li-bré".
Avant : "nous, tu vois, on évite la tétine au max, pour ne pas créer de dépendance". Maintenant : "mais file lui sa tétine, putain, qu'elle arrête de brailler comme ça !"
Bref, je ne vous fais pas de dessin...

Ou plutôt, si, venez, on s'assoit tous ensemble et on parle des crises de nerfs de l'aînée qui régresse à souhait, demande qu'on lui serve son repas bouchée par bouchée, et réclame un câlin en hurlant à la mort toujours au moment des biberons ou des changements de couches. Ou qui, au contraire, cherche à marquer son émancipation en voulant tout faire "toute seule", avec patience et application, ce qui a le don de m'attendrir me mettre les nerfs au court-bouillon.
Ou parlons de Croquette-Minus qui décide subitement qu'elle a faim au moment exact où le dîner est prêt, et ce, qu'il soit 18h53 ou 23h40 (oui, on a essayé TOUTE l'amplitude horaire de la soirée). A croire qu'elle a des radars à bouffe à la place des sinus, celle-là !

Oui, ces cent-vingt jours n'ont vraiment pas été un long fleuve tranquille. J'ai fait le deuil des nuits complètes (un peu plus qu'avant, je veux dire) et du teint de rose. J'ai renoncé à une maison en ordre, puisque les feutres sans capuchon, les peluches éducatives et les chaussures de Barbie sont venus prendre la place des jolis vases et des bougies parfumées. Mon arbre-à-linge-qui-sèche frôle l'overdose et n'a même plus le temps d'être rangé. J'ai des crampes aux mains à force de laver, plier, ranger, re-laver, rincer, nettoyer, désinfecter tétines, biberons, couches, baby-fringues et linge de lit. J'ai le dos ruiné pour cause de gigot de six kilos porté en porte-bébé, et je deviens schizophrène à entendre en stéréo les pleurs de l'une d'un côté et les "maman, regarde" répétés de l'autre, qui voudrait tellement que mon monde ne tourne encore qu'autour d'elle.

Et pourtant, au milieu de ce tableau de chaos domestique, on voit émerger de ci de là quelques moments-pépites qui laissent entrevoir de futures éclaircies. Une toute petite croquette de quatre mois qui pousse à merveille, use de sourires comme d'une arme de séduction massive, et manifeste déjà un vif intérêt pour sa grande soeur en ne la quittant jamais des yeux. Une grande de trois ans qui ne sait pas toujours si elle préfère jouer à l'indépendante ou redevenir bébé, mais qui n'oublie jamais de faire un bisou de bonne nuit à sa petite soeur, et qui nous murmure des mots doux à l'oreille juste avant de sombrer dans le sommeil.

Quatre mois-tsunami qui ne laissent pas de répit, mais deux petites souris épanouies à qui on offrirait le monde. L'hiver aura été sport, mais avec un tel résultat, je trouve que je l'ai méritée, mon étoile. Non ?


En photo : l'atelier faire-part, ou la fausse-bonne-idée, qui va me permettre de retrouver des étoiles dorées
planquées dans tous les recoins de l'appart pendant au moins cinq mois.

Posté par Katia_ à 20:58 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [13]



Aimer la vie et l'aimer même si...

24 novembre 2015

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C'est un mélange étrange et violent de sentiments contradictoires qui m'habite aujourd'hui... Au milieu de l'horreur et de la barbarie de ces derniers jours, une petite douceur haute comme trois pommes est venue rejoindre notre nid familial, au matin du 14 novembre. Quelques kilos d'amour et de bonheur propulsés dans un monde de fous qui ne tourne pas toujours rond.

La veille encore, je découvrais aux infos, atterrée et impuissante, l'ampleur sans précédent de la violence inouïe qui frappait Paris, et prenait en tremblant des nouvelles de mes proches qui se trouvaient dans les quartiers visés par les attentats. Echanges de quelques mots, j'enregistre avec soulagement que tout le monde est bien sain et sauf, mais les infos restent embrumées dans un coin de mon cerveau. Impossible, à cette heure, de réaliser l'impensable. Je veille jusqu'à tard dans la nuit, avant de tomber de sommeil, épuisée par l'angoisse, le stress et le bébé qui commence à faire des bonds dans le ventre.

Soudain, au petit matin, le signal est lancé, il faut se presser à la maternité. Dans le silence de la maison encore endormie, mon premier réflexe est de rallumer l'ordinateur pour savoir s'il est désormais prudent de s'aventurer hors de chez soi. Allongée dans la voiture, entre deux contractions, nous traversons un Paris désert et endeuillé, mais je ne sais pas encore à quel point.

La maternité est presque vide, les sage-femmes de garde ont un oeil rivé sur la chaîne info en continu en même temps qu'elles remplissent leur job. Ma petite chouquette number two semble très pressée d'arriver, et en quelques heures, c'est un beau bébé joufflu et criant à pleins poumons que l'on me dépose sur le ventre.
Moment magique pour beaucoup de parents qui découvrent enfin les traits de leur progéniture, mais moment un peu anesthésié pour Chéribibi et moi. Trop d'émotions contradictoires d'un coup, trop de Grand-Huit dans nos têtes, trop de mélanges bonheur/horreur en si peu de temps pour savourer pleinement cet instant. Moi qui pleure habituellement pour un petit rien, je viens de vivre l'un des événements les plus forts et puissants de ma vie, et je n'arrive pas à verser la moindre larme. Je la regarde, je la trouve belle, je l'aime déjà, je le sais... mais rien ne s'exprime ouvertement, tout est bloqué à l'intérieur, comme insensibilisé.

Malgré les neuf mois de préparation, le choix final du prénom n'a pas encore été arrêté. Les discussions s'enflamment, chacun défendant ses goûts et ses envies. Au bout de quelques pourparlers ne restent en lice que deux prénoms, que j'aime autant l'un et l'autre. Le premier est plutôt rétro et évoque la douceur et la tendresse, le second est plus moderne, plus affirmé. J'alterne chacun dans ma tête, essaye de me projeter, hésite, encore et encore... jusqu'à ce que je prenne à nouveau ma fille dans mes bras. Elle est maintenant habillée, lavée, elle sent bon le bébé tiède, et son petit corps pelotonné contre mon cou dans son pyjama rose poudré lève toutes mes hésitations : ce sera le prénom doux, indiscutablement. Ce petit être encore blotti en boule incarne pour moi ce besoin de tendresse et de délicatesse nécessaire à mon monde d'aujourd'hui, elle est mon bébé-pansement-baume au coeur, mon chamallow sucré dans l'amertume de ce que nous devons tous digérer désormais.

Un peu plus tard dans la journée, j'apprendrai que si mes proches sont tous sains et saufs, il s'en est fallu de très très peu. Présents sur l'un des lieux de fusillade, mes frères échappent miraculeusement au carnage. Malheureusement, nombre de leurs amis présents ce soir-là pour fêter un anniversaire n'auront pas cette chance. Des amis de longue date, que je connaissais pour les avoir vu grandir avec mes frangins depuis le collège, des amis chers à leur coeur. J'apprends les nouvelles et enfin, les larmes coulent. Je pleure à torrents dans ma chambre d'hôpital, parce que je suis infiniment triste, parce que j'ai eu peur pour ma famille, parce que je réalise encore difficilement la chance inouïe qu'ils ont eu, tous les deux...

A côté de moi, dans son berceau, ma toute petite fille dort paisiblement, les poings serrés et les bras en l'air. Plus tard, je lui raconterai peut-être qu'elle est née en plein chaos, que nos émotions étaient toutes chamboulées, et que si nous n'avons peut-être pas su exprimer ouvertement notre bonheur de la voir arriver, elle nous a fait un bien immense de choisir ce jour-là. Que son prénom résulte en grande partie de sa date de naissance, et que née quelques jours plus tôt, elle se serait peut-être appelée différemment. Et que si mon amour pour elle est déjà tout acquis, je la bichonne encore plus volontiers que je ne l'aurais cru possible, petit bonbon rose dans un monde bien gris.

Posté par Katia_ à 21:14 - Mum-to-be / To be Mum - Commentaires [47]



Qu'est-ce que tu lis, doudou, dis donc ? #7

07 octobre 2015

lectures 7

Ok, les vacances sont finies (et même déjà loin...), mais l'automne est arrivé, et c'est le moment parfait pour plonger sous la couette douillette avec de bons bouquins, non ? Envie de quelques idées lectures ? Au menu du jour : deux bons polars, une analyse de couple, et un thriller-somnifère (le comble !) à zapper vite fait !

* N'oublier jamais, de Michel Bussi
* Le pitch : Parti courir sur la falaise, Jamal est témoin malgré lui d'une scène peu ordinaire : une jeune fille à la robe déchirée est au bord du précipice et semble vouloir se jeter dans le vide. Il lui parle, tente de l'aider, de la retenir, mais elle saute quand même. Il est innocent, bien sûr, mais de loin, les témoins qui ont vu la scène ne sont pas forcément de cet avis. Jamal tente de comprendre pour prouver son innocence, mais plus il enquête, plus les incohérences remontent à la surface.
* Mon avis : C'est le quatrième roman de cet auteur que je lis. Pas de la grande littérature, mais un style efficace qui donne envie de tourner les pages, et à mon sens, celui-ci est de loin le meilleur. Un vrai bon suspens présent tout du long, l'impression que l'intrigue va se dénouer au milieu du livre alors qu'il reste encore 200 pages à lire, et donc autant de mystères à comprendre. Un bon moment de lecture qui prend la tête au bon sens du terme, comme le propose un vrai polar qui "fait le job".

* Glacé, de Bernard Minier
* Le pitch : Vallée des Pyrénées, mois de décembre. Au sommet d'un téléphérique, des ouvriers retrouvent le cadavre sans tête d'un cheval, dans une mise en scène macabre et forcément orchestée pour faire passer un message. Qui est visé ? Pourquoi avoir décapité la bête ? Le commandant Servaz est chargé d'enquêter. Mais bientôt, d'autres meurtres, humains cette fois, viennent bousculer ses recherches. Y'a-t-il un lien entre tous ces cadavres ? Et comment peut y être lié l'institut de la région qui renferme les plus dangereux criminels d'Europe, alors qu'aucun pensionnaire ne peut en être sorti ? Petit à petit, tout s'imbrique, et se complique...
* Mon avis : Ca pourrait sembler sanglant et gore, décrit comme ça, mais on ne s'attache pas spécialement aux descriptions des scènes de crime. C'est plutôt la psychologie des personnages, la retranscription de l'ambiance froide et confinée des villes de montagne en hiver, ou l'entrecroisement des divers protagonistes et leur façon de nous faire mener l'enquête avec eux, qui est ici intéressante. On ne s'ennuie pas une seconde, malgré quelques détails parfois tirés par les cheveux, et je serai curieuse de lire d'autres romans de cet auteur fortement inspiré des "grands" du thriller français (Grangé en tête). Pour un premier roman, c'est une réussite, largement saluée par la critique, d'ailleurs...

* Moment d'un couple, de Nelly Alard
* Le pitch : Juliette et Olivier forment un couple moderne parisien, deux enfants, un appartement vers les Buttes-Chaumont, des amis, des projets, des métiers ni trop prestigieux ni trop classiques. Un jour, sans crier gare, Olivier avoue à sa femme qu'il a une liaison depuis plusieurs semaines. Comment survivre à la trahison ? Faut-il pardonner ? Comprendre ? Se séparer sans ménagement ? Un roman qui décortique l'adultère d'un point de vue masculin et féminin, et fait réfléchir à la question "et si moi ça m'arrivait, je ferais quoi ?"
* Mon avis : J'ai beaucoup aimé ce roman qui a l'honnêteté de poser les situations et les mots (les maux) sans fioriture, droits au but. On alterne le point de vue d'Olivier et de Juliette, se mettant selon le cas à trouver l'autre personnage détestable et égocentrique, ou au contraire attendrissant de faiblesse et de fêlures. Les situations évoquées par les personnages font sensiblement écho avec des situations vécues dans tout couple (je ne parle pas là forcément d'une tromperie, mais des évolutions des sentiments et des rapports entre le début passionné et la routine plus planplan mais parfois rassurante d'un couple de longue date).
Petit détail croustillant : j'ai appris après lecture que ce roman était en fait le pendant d'un livre publié en 2006 par Aurélie Filippetti (oui, l'ex ministre), "Un Homme dans la Poche", qui racontait sa liaison avec un homme marié. Ici, sans être nommée autrement que par un pseudo (Victoire), elle endosse le rôle de la maitresse un peu trop accro et envahissante. Drôle de lire le livre avec cette information en tête...

Et au rayon "je passe mon tour", on oublie direct :
* L'oubli, de Emma Healey
* Le pitch : Maud a 80 ans et perd un peu la tête. Tous ses souvenirs se bousculent, mais elle est bien certaine d'une chose : son amie Elizabeth a disparu. Ou bien confond-elle avec sa soeur Sukey, disparue elle aussi soixante ans plus tôt ? Malgré la maladie qui brouille sa mémoire, Maud mène l'enquête, interroge le passé, le présent, avant que tout ne s'efface, encore...
* Mon avis : Mon dieu ce que c'était long et répétitif ! Mon dieu ce qu'il y a de détails en trop et de longueurs dans les pages ! Vous l'aurez compris, je n'ai pas accroché du tout, malgré un vif intérêt pour ce roman que j'ai longtemps attendu en version poche (histoire de place, et de sous). De thriller, ce livre n'a que le nom, car même l'enquête et la résolution des énigmes (les disparitions de Sukey et d'Elizabeth) sont décevantes. Bref, j'aime habituellement bien les choix de cette collection (notamment Les Apparences, ou Avant d'aller dormir) mais cette fois-ci, je vous incite plutôt à passer votre chemin. Next !